Madame Isabelle Samson
Coordonnatrice du comité régional pour une action concertée en développement de l’enfant
Direction de santé publique de Montréal
Aux membres du comité,
La semaine dernière, le 13 mai 2009, les membres du conseil d’administration du ROCFM ont pris la décision de se retirer du comité régional pour une action concertée en développement de l’enfant. Nous tenons par la présente à vous expliquer les raisons de notre retrait ainsi que partager avec vous le bilan que nous faisons, à ce moment-ci, de notre expérience concernant la démarche autour de la maturité scolaire.
Tout d’abord, nous aimerions vous exposer l’élément déclencheur qui nous a amené à prendre cette décision. Il y a deux semaines, nous avons pris connaissance du document que vous avez produit dans le cadre des travaux entourant la maturité scolaire : Un guide pour soutenir la réflexion et… mieux faire grandir les tout-petits. Ce fut une grande surprise d’apprendre que se préparait un tel document sans jamais en avoir entendu parler au sein même du comité régional. Notre surprise fut encore plus grande en lisant dans le mot du directeur que « Le présent guide s’inscrit…., ainsi que dans la démarche régionale d’action concertée,… ». Une maladresse, un oubli? Peut-être! Si cela représentait la première maladresse et oubli au sein de l’actuel processus, nous pourrions passer outre, mais hélas plusieurs « impairs » ont eu lieu tout au long de la dernière année. Et comme le dit si bien cette expression familière, c’est la goutte qui fait déborder le vase.
Lors de la première rencontre du comité en avril 2008, nous avions accepté de participer à l’exercice auquel vous nous aviez convié dans un esprit de « co-construction », tel qu’annoncé et souhaité également par plusieurs des membres présents. À ce moment, nous annoncions que malgré les divergences d’approche et la méfiance développée au cours des expériences passées avec votre organisation (Naître égaux et grandir en santé, Programme de services en périnatalité et petite enfance), nous acceptions le défi de contribuer le plus possible et le plus positivement possible. Cette décision nous la prenions dans la mesure où nous sentions que tout n’était pas déjà décidé et que les conditions d’un réel processus de co-construction seraient présentes. Pour nous, chaque expérience possède ses chances de renouvellement et c’est avec cette vision que nous nous sommes engagés.
Nous ne nous attendions pas au parfait bonheur et à l’entente absolue étant particulièrement conscients des défis liés à la concertation, mais nous espérions du moins travailler dans la transparence et le respect des contributions de chacun. Les quelques revirements et tentatives de contrôle étaient pour nous prévisibles et ne nous ont pas empêchés de poursuivre notre participation et de mobiliser nos membres localement. Malgré le fait que l’on a presque jamais retenu ni même considéré les propositions que l’on apportait, ceci n’a pas non plus ralenti notre engagement.
Cependant, la date du 28 mai approchant, les écarts éthiques aux conditions optimales d’un processus de « co-construction » se sont multipliés. Est-ce la pression? Laquelle? Venant d'où? Il demeure que nous avions de plus en plus la nette impression que le résultat était depuis longtemps dessiné. Cette impression est d’ailleurs partagée par plusieurs acteurs sur le terrain.
Les processus bousculés, l’impossibilité de modifier plusieurs paramètres importants de la démarche, le manque de transparence dans la transmission d’informations, l’utilisation du comité pour justifier des actions de la Direction de Santé publique, le manque de prise en compte de la parole des acteurs locaux font en sorte qu’il n’est plus possible pour nous de nous associer à votre démarche.
Lors du sommet régional, une des questions à laquelle un organisme communautaire Famille (OCF) est invité à répondre est : pourquoi et comment on rejoint les parents que d’autres réseaux n’arrivent pas à rejoindre? Il y a ici une belle occasion de comparaison à faire entre ce qui se passe dans les milieux avec les familles et au sein de notre comité. Si les OCF rejoignent les familles, c’est qu’on les respecte, on les accueille, on les écoute, on prend en compte ce qu’elle disent et on s’enrichit avec elles. C’est ce que l’on pourrait appeler dans votre langage du « Bottom up » versus le « Top down ». Si nous entendons la volonté de votre organisation à renverser le pouvoir de l’expert, chassez le naturel et il revient au galop. Du « Top down », même maquillé, demeure du « Top down » ainsi que la volonté de contrôle.
Malgré notre déception, nous aimerions souligner qu’il a été fort intéressant et agréable d’apprendre à connaître l’ensemble des membres siégeant sur ce comité. Nous souhaitons avoir des occasions nouvelles pour poursuivre ce travail de connaissance et de reconnaissance.
Nous tenons toutefois à préciser que malgré notre décision, nous laisserons nos membres libres de participer ou non au Sommet montréalais sur la maturité scolaire. Nous les encourageons à prendre leur place localement dans la mesure où ils se sentent respectés.
Laurence Lagouarde
Pour le conseil d’administration du ROCFM
Page reliée : Sommet montréalais sur la maturité scolaire - Pour un meilleur développement des tout-petits, Clairandrée Cauchy et Marco Bélair-Cirino, Le Devoir, 29.05.2009